La standardiste poursuivait son gagne-pain au sein du centre de voyance par téléphone gratuite, mais elle n'était plus qu'une ombre au niveau des plusieurs techniciens. Les consultations silencieux continuaient à bien affluer, très sur sa ligne, généreusement à intervalles substitutifs. Pourtant, ce n’était plus leur régularité qui l’inquiétait, mais la méthode avec laquelle ils réorganisaient les énoncés de sa biographie. Le univers à proximité d’elle ne semblait plus linéaire. Des des occasions de faire la fête se reproduisaient, mais avec de légers décalages. Une relation entendue un moment se répétait mot pour mot l'avenir, dans une solution différente. Elle ébaucha à bien consigner non plus uniquement les périodes de creux, mais les fougues poussées ressenties lors de chaque ensemble d' informations : température, couleur ambiante, texture des objets à effet de main. Elle comprit que tout appel agissait tels que une balise temporelle, dérangeant un fragment de sa vérité dans un autre instant. La voyance gratuite immédiate qu’elle croyait au départ passive, se révélait être simplement mécanisme actif, redéployant son vie de la même façon qu'un casse-tête glissant légèrement. Un matin, elle trouva dans son casier une enveloppe sans substantif, contenant une papier griffonnée. Il y avait des de dossiers à la main : 15, 33, 1999, 7. Elle reconnut aussitôt les marques de ses consultations. Ce n’étaient pas des conclusions isolés. C’était une aube, 1h30, un code. Un prétexte. Elle compara ces de à ceux relevés dans son journal, et découvrit qu’ils formaient une séquence récurrente à chaque caste de huit jours. La voyance par téléphone gratuite qu’elle vivait n'était plus rien que un phénomène, c'était une constitution. Sur son bureau, le combiné pessimiste semblait attendre, inerte. Pourtant, elle le regardait avec un modèle de peur révélation. Ce n'était plus un sujet. C’était une donnée de contact avec des attributs qui connaissait tout détail d’elle. À tout envoi d'information manqué, une nouvelle réorganisation se mettait en sa place. La standardiste s'aperçut que la voyance gratuite immédiate ne visait pas une vie extérieur, mais l’organisation même de sa évocation. Ce qu’elle croyait éternel dans son passé semblait varier, notamment si les voyances effaçaient et réécrivaient certaines séquences de son connu. Et à présent, elle ne savait plus si elle était encore celles qui écoutait, ou celle qu’on réinvente à n'importe quel sirène.
